Les carburants durables augmentent les coûts des compagnies aériennes européennes

L’Opinion du 10 juillet
Avec l’essor des carburants durables, les coûts des compagnies aériennes européennes sont en hausse. Depuis 2023, les compagnies européennes doivent intégrer une fraction de carburant d’aviation durable (CAD). La législation, Refuel EU, organise la montée en puissance du CAD : 2% en 2025, 6% en 2030, puis 20% en 2035, jusqu’à 70% en 2050. « Ce carburant issu de biomasse est 3 à 4 fois plus onéreux à produire que le kérosène », explique Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies aux Rencontres économiques d’Aix. « Et l’Europe nous demande de produire de l’e-fuel très pur, qui coûte 8 à 10 fois plus cher… », ajoute-t-il. Lufthansa vient par exemple d’annoncer qu’à partir du 1er janvier prochain, le prix de ses billets pour un départ d’Europe sera majoré de 1 à 72 €. Depuis 2022, Air France intègre dans le tarif de tous ses billets une contribution à l’achat de CAD comprise entre 1,5 et 24 €. La compagnie utilise déjà 2% de SAF, « ce qui entraîne un surcoût de 200 M€ », a précisé Anne Rigail, directrice générale de la compagnie. De fait, « voler va coûter plus cher », résume Luis Gallego, président de British Airways. Dans un entretien au Financial Times, il déplore la rigueur européenne : « Oui, il faut décarboner mais nous devons le faire de manière harmonisée dans le monde pour ne pas porter préjudice à l’aviation européenne », soutient-il. Dans un secteur aérien très concurrentiel, où le prix du billet reste le déterminant majeur, « voler plus vert » risque de ne pas être un levier déterminant pour les compagnies vertueuses qui redoutent l’attrait de leurs concurrentes turques, américaines ou du Moyen-Orient.